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Nouvelle Lanterne - numéro 5 PDF Imprimer Envoyer


Kévin Broda : Amour silencieux

Editura grinta, Cluj-Napoca

Ce premier recueil de Kévin Broda est mieux que prometteur ! Né en 1981, ce poète qui a été publié dans plusieurs revues en France (Les Cahiers du Sens n°22), en Belgique, en Pologne et en Roumanie, a un ton direct, d'une franchise bouleversante, une façon très singulière de crier : « Je suis heureux en compagnie / De la vie ». Il sait ranger sa calculatrice dans sa poche et passe son temps de vagabond à chercher « le livre d'amour / rangé dans son grenier » (sic). Sa simplicité d'expression ne tombe jamais dans la banalité, Sa clairvoyance désespérée est bien de son époque. Et il a des aveux qui blessent le cœur comme : « L'être que je suis aujourd'hui / C'est le regard des autres / Qui l'a construit ». A suivre en pesant ses mots...

 

Nathalie de Courson : Nathalie Sarraute, La Peau de maman

L'Harmattan

Cette jeune femme rencontrée par hasard dans le monastère ( !) du Lycée Henri IV à l'occasion du 6ème Salon des éditeurs indépendants du quartier latin, l'autre jour, m'a adressé un bel essai sur Nathalie Sarraute qui n'est habituellement pas ma tasse de thé en domaine de littérature. J'ai cependant aimé ces questionnements toujours fins et intelligents sur l'univers romanesque de Sarraute (de la texture de sa peau d'écriture, en effet), et particulièrement le paragraphe « Freud le repoussoir » qui explique bien aux béotiens de mon genre pourquoi Sarraute va jusqu'à dire dans un entretien : « Si Shakespeare avait connu l'œuvre de Freud, comment diable aurait-il écrit Hamlet ? » ...

Voilà qui m'a donné envie de relire Le Planétarium...

 

Maurice Couquiaud : À la recherche des pas perdus

L'Harmattan

Il serait injuste et absurde de couper les mots que l'ami Maurice a réussi à cultiver pour « dépolluer le temps » (sic). Je ne sais pas trop si le poète est encore « un organisme poétiquement modifié », mais je n'ignore pas tout ce que la poésie de ce temps doit à Couquiaud qui fut rédacteur en chef de la revue Phréatique durant dix-sept ans ! J'aime aussi ses interrogations métaphysiques essentielles sur les origines du monde et de la vie à travers les grands paradigmes de la physique quantique. Couquiaud sait rire, non pas de tout, « mais des fréquents croche-pieds / de l'invisible aux certitudes ». Il y a toujours de l'adolescent en lui, une façon de cueillir le merveilleux, d'enchanter les souvenirs, l'art de parsemer ses textes de sourires de bonté humaine non seulement utiles mais indispensables afin de survivre, par delà « la caresse ancestrale des mains vermoulues »...

 

Salah al Hamdani et Ronny Someck : Bagdad-Jérusalem, à la lisière de l'incendie 

Éditions Bruno Doucey

Je connaissais le grand talent du poète Salah Al Hamdani, ses aveux tragiques (« Oui, c'est exact. Si les blessures de l'enfance sont enterrées, elles ne cicatriseront jamais », p. 31), « les jours » de son enfance « aux portes arrachées », le drame de Bagdad tout entier inscrit au secret de son oeuvre, sa sourde révolte jamais apaisée contre l'injustice des Saddam de la planète, et pourtant, son opiniâtreté à chercher l'aube des apaisements impossibles ; mais j'ignorais le chant de son comparse Ronny Someck qui lui fait écho dans ce beau livre, par delà les frontières figées et cruelles opposant Bagdad et Jérusalem. Ronny Someck avoue : « Dans les rues bombardées on poussait ma voiture d'enfant » et Salah lui répond, en quelque sorte, en évoquant son pays et ses « taches de soleil sur des serviettes couleur de grenade ». La poésie peut-elle être ainsi un trait d'union quand tout semble hélas consommé des réconciliations interminables entre les générations et les cultures ? Comment transformer les cœurs ? Regardez l'arabe et l'hébreu (les deux écritures) et surtout ne pleurez pas. C'est peut-être la beauté qui les rassemble ? L'écriture comme « feu vert / du prochain carrefour » de la paix ?

 

Olivier Cousin : 77 poèmes et des poussières

Éditions La Part Commune

Ils ne sont pas si nombreux les rêveurs capables d'écrire tout bonnement : « je suis resté regarder tomber la neige » ! Raison de plus pour les signaler ici. A la lueur de notre « nouvelle lanterne »... Alors, en profitant de tout, « sans attendre d'avoir à commémorer », saluons ces poèmes habités de trouvailles, d'une sincérité cosmopolite rare, d'un certain humour vengeur (par exemple : « Encore une journée / où je vais être un homme nouveau »), « au chaud incongru d'une caverne », quand il s'agit (je vole l'image) de « connaître mon tour de taille / pour mesurer à quel point je doute » (p. 78).

 

REVUES

 

Inuits dans la jungle, numéros 1,2,3 et 4

Le Castor Astral

Exceptionnelles, aujourd'hui, semblent être les revues de poésie, trimestrielles ou non, tenant la route et suscitant l'intérêt des lecteurs... Celle-ci en fait indéniablement partie. Fondée avec savoir-faire et intuition par Jacques Darras, Jean-Yves Reuzeau et Jean Portante, présentée avec goût et hardiesse, cette publication propose notamment dans ses premières livraisons études et textes « de ou sur » Ferlinghetti, Allen Ginsberg, Tomas Tranströmer, le Nobel 2011, sans oublier 8 poètes chinois, 23 poètes mexicains, 13 poètes d'Allemagne !

Un seul petit reproche : les notes de lecture de recueils brillent par leur quasi absence... Dommage ! A nos yeux, tout au moins.

 

Jean-Luc Maxence

 
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