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Nouvelle Lanterne - numéro 6 PDF Imprimer Envoyer


Continuant à recevoir un grand nombre de recueils de poèmes en Service de Presse, je tiens à remercier ici ceux et celles qui me font l'honneur et le plaisir de me les adresser... Je m'efforce de signaler les auteur(e)s qui retiennent mon attention et me semblent devoir être placés sous la lumière de ma lanterne... De plus, il me plait de rappeler à mes amis lecteurs que je tiens une chronique régulière sur le site LA CAUSE LITTÉRAIRE et une autre, intitulée « NOUVELLES NOUVELLES DE POÉSIE » sur le site RECOURS AUX POÈME de Gwen Garnier-Duguy et Matthieu Baumier. A vos « moteurs » de recherche !

 

Ilia Galan, Un autre jour se lève

L'Harmattan

Cette édition bilingue, de l'espagnol au français (la traductrice signe Jeanne-Marie) du troisième recueil d'Ilia Galan confirme un poète aux préoccupations métaphysiques, un quêteur de sens qui joue les équilibristes sur le Pont de l'épée... L'auteur est né en 1966 à Burgos, en Espagne, il est notamment fondateur et directeur de la revue de philosophie Aula Cero, universitaire de haut vol, il touche par sa façon de concentrer ses poèmes pour leur donner une force exceptionnelle comme dans Souvenir :

« Une plume

est tombée

mais là-haut

gît un aigle ».

La vérité d'Ilia Galan jaillit « claire, coupante et pleine », et ses passions, « levées comme des lances » transpercent la lune ! Son art poétique est fait de symboles aux couleurs fortes qui nous entraînent au cauchemar. Il y a, en effet, du Prométhée en lui.

 

David Gaussen, Rassemblement

Le Cardinal Sarl

Vivace est cette poésie ! Auto-édité, ce recueil vaut ses 7 € et bien davantage et prouve, poèmes à l'appui, que David Gaussen semble capable « d'écrire un long poème sur la mer / rien qu'en regardant la mer » et j'aime particulièrement l'instantané de sa prose et cette manière désabusée de noter « James Bond ne sait pas que je l'appelle James Bond, mais lui, je sais qu'il m'appelle John Lennon ». Au fond, ce « rassemblement de texte » ne manque jamais de charme inattendu , le charme insolite de la ville, quand un chauffeur de taxi « raconte de vieilles histoires du temps des tsars » et que le voyageur de hasard va « prendre le souterrain / et changer de vie et d'habits/ à Saint-Lazare / et après le dernier wagon / partir au hasard ». En zigzag, David Gaussen m'a touché. Son anthologie personnelle est une réussite.

 

Gilles de Obaldia, La langue des oiseaux

Maison de poésie

Avec une finesse qui ne déçoit jamais, Gilles de Obaldia demande : « Les pierres sont-elles des oiseaux tombés dans l'oubli ? » (p 33). Ce deuxième recueil est au niveau (élevé) de son premier. Légèreté, adresse, fantaisie, don de l'images, accomplissement de la musique, font chaud au cœur. Tout cela est d'une écriture impeccable. Trop peut-être ? « C'est un petit bonheur /constellé de fraises des bois ». Une simplicité faisant venir à l'esprit des richesses naturelles qui incitent à émonder son arbre poétique. Parfois, j'aurais souhaité un supplément de colère et de rébellion « dans la gueule de l'infini » !

 

Michèle Finck, Balbuciendo

Arfuyen

« Quand l'oubli bercera-t-il la mémoire / De ses immenses mains de vent balafrées / de larmes ? L'amour, enterré vivant en moi, /Crie. »... Ou encore : « Tout au fond de la douleur il y a encore un fond / Plus profond où se jeter corps et crâne contre le roc. »... Toujours et encore la haute qualité des productions Arfuyen ! Et il y aussi ces instantanés de vie, tragiques, comme à voix tremblée, observés, par exemple, à l'hôpital. Mademoiselle Albatroce est ainsi une photographie prise dans le pavillon un peu délabré de l'hôpital psychiatrique. En quelques mots, Michèle Finck résume le drame qui se joue, expose le cas, nous entraîne dans un crâne « tatoué d'étoiles filantes ».

« Écriture : tour, terre, terrier, trou.

À-pic du cri dans l'œil de la gorge.

Les mots titubent atterrés de mémoire.

Les souvenirs brûlent le vagin du visage.

Une étoile anonyme essuie les larmes.

Les onomatopées de l'os tournoient.

Poème : scansion du noir, balbuciendo. »

Voilà un ton, une écriture, un univers intérieur. C'est parfois un peu trop construit, organisé, composé, peaufiné. Mais la qualité est là, pour un premier recueil, c'est « un morceau de lave arraché / Au cri de quel Vésuve ? » (p. 68).

 

Jean-Pierre Farines, Le portail gris-bleu

Éditions de l'Atlantique

Dans sa préface, Gérard Bocholier évoque un royaume de sources, de plantes, de parfums et d'oiseaux. Il parle de pudeur, de chaleur, de fraternelle proximité. Je suis d'accord, et j'ajouterai peut-être légèreté et sens de la musique. Ainsi :

« Il pleut très doucement

une pluie d'automne

à peine grise

qui chantonne sur le toit

.........................................

La pluie s'est arrêtée Silence

Vous disiez Je m'en souviens

Les enfants sont si énervés Demain

Il y aura sûrement de la neige ».

Je savais que Farines avait été publié dans de nombreuses revues, et qu'il est le co-fondateur de la revue de poésie Arpa. Ses souvenirs sonnent nostalgiques. Ses « soleils d'enfance » ont la force du midi et du « printemps nouveau-né ». Il me paraît juste de le saluer comme un voisin qui nous laisse sur les lèvres « le sucre des figues » et de grandes vitres cassées « tournées vers la lumière ».

 

Murièle Modély, Penser maillée

Éditions du Cygne

Elle habite à Toulouse, elle est née dans l'île de la Réunion, et c'est l'ami Dominique Boudou qui m'a donné à lire son recueil paru dans une collection dirigée par un autre camarade : Denis Emorine ! Murièle Modély s'interroge : « Vais-je totalement fondre dans les terres qui m'ont un jour portée ? ». Le trait est précis, exotique, gravé par un cutter, « la phrase comme en suspens ». Les couleurs de la palette sont franches, « la main ridée / d'avoir fendu la mer » danse et ne tremble guère, pourtant. Mieux qu'originale, cette langue nous vient du bout du monde et maille tous les mots. « La forêt part en cendres / À la pointe des flots ». J'ai même ressenti un érotisme sucré en déchiffrant ces ondulations subtiles, ces volutes et ces spasmes. Une magie subtile s'impose au fil des mots, une sorte de délicatesse féminine pourtant violente.

 

Brigitte Maillard, La simple évidence de la beauté

Atlantica

Lyrisme de bon aloi « fleuri par l'ivresse des embruns » (p. 5). Chaque poème est décanté de ses scories, chaque image est à sa juste place pour dire les envies de vivre et de mourir. On entre dans cette poésie comme « on entre à la porte du désir », Brigitte Maillard écrit au stylet, elle guette l'aile de l'oiseau et c'est joie de la suivre au palais de ses mirages secrets. On voudrait en lire davantage, cependant. Afin que son visage soit davantage « à découvert ».


ESSAI


Lou Marin (écrits rassemblés par), Albert Camus et les libertaires (1948-1960)

Égrégores éditions

Le copyright de cet ouvrage remonte à 2008, certes. Mais il m'a passionné et mérite de repasser un instant sous les feux de ma « nouvelle lanterne » ! Oui, cet aspect d'Albert Camus, méconnu en effet du grand public, caractérise pourtant « l'homme révolté » qu'il fut jusqu'à son accident fatal. Camus refusait de s'incliner devant l'esprit partisan et resta toujours en bon terme, en connivence souvent, avec la presse anarchiste de son époque. Ce choix de textes, de lettres, d'articles, le prouve indéniablement. La place laissée vide par Camus est béante aujourd'hui encore. Camus ne ruminait pas des principes pour la galerie littéraire, il ne pontifiait guère, et, ainsi que l'écrivit Daniel Martinet, il était « toujours présent pour sauver un être humain condamné à mort ou aider un exilé ». En ces temps de normalité institutionnalisée, on aurait tant et tant besoin de sa voix !

 

Jean-Luc Maxence

 
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