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Nouvelle Lanterne - numéro 7 PDF Imprimer Envoyer


Gérard Bocholier, Belles saisons obscures
 

Arfuyen, 2012

10 €

« Quelque chose de nous /Le plus frêle sans doute / est resté sous tes cendres /Ô vigne qui n'as plus /Sarments chenus ni feuilles »... On retrouve avec plaisir le sérieux poétique de Gérard Bocholier et sa musique très particulière. Edité notamment par Guy Chambelland, Rougerie, Ad Solem, cet authentique poète qui obtint un grand nombre de prix (Paul Valéry, Voronca, Louise Labé) n'oublie jamais Pierre Reverdy, garde le sens du Mystère de toute transcendance et son écriture resserrée avoue « des étoiles sur le cœur ». Il y a aussi quelque chose de René Char dans cet univers sacré, de Philippe Jaccottet même. Prolixe, Gérard Bocholier l'est sans doute, mais ses textes sont des « grappes mûres » qui donnent envie d'être dévorées. Pourquoi alors s'en priver ?

 

Anna de Sandre, Un régal d'herbes mouillées

Éditions Les Carnets du Dessert de Lune, 2012

12 €

Originale, Anna de Sandre ! Je ne sais pas si elle parvient à « emmerder les saules pleureurs » (sic) , mais j'apprécie ses textes qui disent tout à la fois les misères sexuelles et les grandes solitudes de notre société d'aujourd'hui. Quand on lit : « Les poings serrés sur une serpillière espagnole tu nettoieras la saleté des jours », on comprend vite qu'Anna de Sandre qui n'a pas peur de l'argot (kiffer, crever, bordel et j'en passe !) parvient à exprimer un univers à la Piaf grâce à un art poétique qui, en effet, est voisin de celui d'une Valérie Rouzeau.

L'indignation est naturelle pour un poète, mais trouver les mots pour le dire est rare. Raison de plus pour saluer l'exploit, surtout quand son auteur anime, au surplus, un blog dynamique (« Biffures chroniques ») qui est une belle auberge ouverte à l'imaginaire.

 

Nathalie Picard, Les chemins de transhumance

Les éditions du Tripadour, 2012

12 €

Oui, je persiste et je signe : Nathalie Picard continue à grandir en domaine de poésie et je la tiens pour une voix authentique et des plus émouvantes de ce début de siècle. Ces mots ont de la force, surtout quand ils interrogent la blessure ontologique du chant de vivre. Quand Nathalie part « à la recherche du gnome endormi que je portais en moi », elle s'engage sur une route de signes fait de croisements, de tissages, « où se filtre l'impensable ». Elle ne triche pas. Son imagination ne renonce jamais. Comme l'affirme Reza Hiwa dans sa préface, il y a bien du grand vent rebelle et lyrique dans sa poésie d'élan mystique.

 

Jean-Luc Sigaux, Et la louange d'un grand soleil

Librairie Galerie-Racine, 2012

15 €

Il s'agit d'une anthologie des poèmes de Jean-Luc Sigaux couvrant la période 1983-2012. On y découvre l'œuvre d'un poète qui ne ressemble à personne de sa génération (il est né en 1951) et qui mérite sans conteste notre étonnement tant son versant visionnaire et halluciné intrigue, séduit, pose questions métaphysiques sans nombre. On y suit l'évolution de l'auteur, de textes hallucinés et presque alchimiques aux perceptions subtiles de l'arrivée de l'Absolu dans une vie torturée, le cheminement devient un tracé attachant et bien inscrit dans la destinée humaine.

 

Brigitte Giraud, Seulement la vie, tu sais

Éditions Rafael de Surtis, 2012

15 €

Brigitte Giraud l'avoue dès la page 8 de son recueil : « Je ne sais pas où saisir le silence ». Face aux murs de la vie recluse, devant la peur des couloirs et les ponts suspendus à des fils d'acier, « retenu à la terre par presque rien, l'auteure espère que le tout est relié à tout, mais « les émotions ricochent sur le ciment » et le vertige guette quand il s'agit de choisir dans l'immensité des carrefours...

« Nos corps sont défaits.

On ne sait pas la frontière

Du flux du reflux.

On ne la voit pas.

On se tient dedans.

On se tient . »

Pour Brigitte Giraud, tout se joue à fleur de peau. Dans la ville, « La ligne droite est une illusion de l'œil ».On se demande à quoi sert l'amour. « Un train contre un tram sur l'échangeur des sentiments ». Et dans ces entrelacs de fils, il faudra garder espérance. C'est-à-dire « croire au combat obstiné du soleil sur la langue, la mort, mille et une fois, battue à pique. ». Brigitte Giraud ? Une voix tragique qui voudrait « soulever la peau du monde » et y parvient parfois.

 

Claire Dumay, Les étreintes bloquantes

Atelier de l'agneau, 2012

15 €

Avec une finesse d'écriture et un sens du sarcasme dirigé souvent contre elle-même, Claire Dumay observe ce que l'on croit être les petits détails de la vie quotidienne. Quand elle se mouche, dans un mouchoir en tissu de préférence, quand elle choisit la taille exacte de son soutien-gorge, quand elle mâche un chewing-gum incognito, quand elle regarde son conjoint faire la vaisselle, quand elle fait l'expérience d'un simple rhume, tout est prétexte à philosopher pour Claire Dumay. En fait, au croisement d'une phrase, elle avoue être lasse de son corps, lasse aussi de ce « combat permanent » contre elle-même. Voilà une femme minutieuse et subtile qui fait de ses phobies intimes des vagabondages poétiques très personnels. Elle traque les vérités qui décapent.

 

Gisèle Sans, Embrasement(s)

Éditions de l'Atlantique, 2012

15 €

Dans un langage dense, Gisèle Sans poursuit un itinéraire sympathique qui s'avère direct, frôlant en apparence le style parlé mais toujours absolument maîtrisé. La voix semble prosaïque, mais le message demeure fraternel. « Dans les fracas du monde / néanmoins / espérer ». Ou encore : « Les grandes œuvres / ne sont pas celles que l'on possède / mais celles qui vous possèdent ». Gisèle Sans rejoint les « voix de cristal », ou de faïence, à l'extrême limite de la fêlure à force de vouloir chasser toute enluminure. Je regrette beaucoup, quant à moi, la disparition des Éditions de l'Atlantique qui venait donc d'accueillir Gisèle Sans... Avec les Éditions MLD, qui ont renoncé récemment, elles aussi, à poursuivre l'aventure éditoriale, l'année 2013 débute appauvrie, et c'est fort dommage.

 

Juliette Schweisguth dite Clochelune, Mon ombre épaisse et lente

Illustrations de Joëlle Ginoux-Duvivier

Pippa éditions, 2012

12 €

Dans la collection « Kolam » qui fait notamment connaître des haïkus venus du monde entier, ce petit recueil des éditions Pippa est un « cosmos de poche » réussi. Chaque pépite est intelligente, fine et miroite quand « l'herbe bruisse / le jardin devient chat, / oiseau, océan »... Poésie pour enfants ? Poésie pour prôner l'enfance à ne jamais perdre en route ? « Jolie coccinelle /posée sur mon doigts / prête-moi tes ailes » !

J'adhère à ce genre de poésie sans hésiter. Parce que « dans mon cahier / deux pétales d'orchidée / sèment leurs secrets ». Certes, cette inspiration ne prétend ni à révolutionner la société, ni à défendre telle ou telle idéologie politique. Pourtant, c'est AUSSI de la poésie pleine d'une Sagesse contagieuse.

 

Alain Suied, Sur le seuil invisible

Arfuyen, 2013

avec le soutien du CNL

12 €

Préfacé par Gérard Pfister avec affection et lucidité, ce recueil posthume d'Alain Suied met en valeur un destin poétique cruel et exceptionnel, à la fois habité par l'ambition et le détachement entremêlés, paradoxal pour le moins. Pour Suied, « la Poésie n'est plus un jeu de mots », « la Poésie chemine vers la vérité. Au fond de ton cœur ». Nous reparlerons de ce retour d'un grand poète disparu dans les prochains CAHIERS DU SENS... Tout cela vit et chante par delà la mort, en effet.

 

Jean-Luc Maxence

 
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