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Nouvelle Lanterne - numéro 8 PDF Imprimer Envoyer


JEAN-MARIE BERTHIER, Pourtant si beaux

Le bruit des autres

11€

D’évidence, Jean-Marie Berthier est l’un de nos poètes contemporains les plus incontestables. Ce recueil de source fraîche, de « purin mal endormi », et d’engagement le prouve une fois encore. La préfacière, Mérédith Le Dez parle de « besoin de transcendance » comme double exact d’un désir érotique, soutenant, depuis ses débuts, la poésie de Berthier. Elle note aussi que « la consolation ne peut pas venir de Dieu, qui se dérobe » et que « si l’homme est parfois embelli par ses prières, c’est lorsque celles-ci s’adressent à la pluie pour qu’elle tombe ».

De cette lecture, nous ressortons « amoureux fous des aurores » (p. 19), en dépit du « chariot des douleurs / sur les pavés meurtris des chemins de peine » (p. 29). L’art de Berthier appartient au grand courant du lyrisme (Hugo, Aragon). C’est un post-romantisme d’amour et de mort. L’écriture est de plus en plus ciselée, mordante, pathétique. Mais des touches inattendues de réalisme ( par exemple : « Nous faits de merde et de sang » ) ajoutent au pathétique existentiel.

 

JEAN-LUC SIGAUX, Et la louange d’un grand soleil

Librairie-Galerie Racine

20 €

Cette anthologie couvrant les années 1983-2012 donne une image juste et complète du grand talent de Jean-Luc Sigaux et de son parcours d’arc-en-ciel énigmatique. Entre pulsions de mort et pulsions de vie, cantiques éclatés et sonates réconciliées, il est souvent midi et minuit simultanément dans ce royaume pathétique aux flashs psychédéliques. Gethsémani s’impose dès que les yeux du poète se ferment. Où s’est donc cachée la miséricorde quand saignent les ronces ? Jean-Luc Sigaux, stricto sensu, chante « pour les plus hautes étoiles » (p.162).

 

CLAUDINE BERTRAND, Instants de vertige

Anthologie Québec/France

Point de Fuite

18 €

Claudine Bertrand, figure marquante de la poésie québécoise contemporaine, et fervente ambassadrice de cette dernière, a rassemblé ici 45 poètes de renom venu(e)s du Québec et de la France. La liste est impressionnante, du côté de l’hexagone, elle passe notamment par Claude Ber, Zéno Bianu, Seyhmus Dagtekin, Philippe Delaveau, Bruno Doucey, Gil Jouanard, Bernard Noël, Jacques Viallebesset… Mais ces textes sont assez inégaux, le vertige révélateur n’est pas toujours au rendez-vous et c’est quelque peu dommage. Entre palmarès et choix, l’écart est petit mais il indique la différence entre une anthologie de prospection et un fronton flatteur.

 

FOUAD EL-ETR, Haïkaï de Chine

La Délirante

25 €

L’ouvrage (d’une beauté évidente) s’ouvre sur un superbe frontispice de Chu Ta. Il est méditation de voyage en prose ciselée, déambulant autour et alentours les haïkaï de Chine. Le « je » du journal de bord flâne avec bonheur « parmi ces écritures aussi belles que les calligraphies arabes, sinon aussi mystérieuses que les rébus des hiéroglyphes…/… ». Au fil du calendrier, les observations écrites du poète font songer à des insectes rares et harmonieux sur une feuille, et nous sommes heureusement très éloignés des notes touristiques souvent banales et glacées. Saveurs et couleurs revivent de mémoire. Les ruelles de l’esprit n’en finiront-elles jamais de nous envoûter et de nous surprendre ?

 

BERNARD GRASSET, Feuillages

Jacques André éditeur

11 €

Impeccablement rythmés, ces poèmes veulent et réussissent souvent à « Contempler la mort, la vie / Comme une lampe s’allume » (p. 14). L’amour de la beauté, un certain goût pour le Sacré, une retenue sans fin, une espérance avouée, « un cœur errant », telles sont les caractéristiques attachantes de cet art d’humilité qui déroule ses sortilèges parce que « Tous les jours / Un fragment de ciel / Éclaire le chemin ». Une « douce expérience du mystère » en effet !

 

Peintures de GLEF ROCH et poèmes de BERNARD GRASSET

Le lavoir Saint-Martin

20 €

Les textes inspirés de Bernard Grasset, poète, donnent une traduction créatrice subtile et harmonieuse de l’univers pictural de Geneviève Roch (Glef Roch). Les œuvres de Glef Roch, reproduites en couleurs, sont un régal du regard. Entre mots et couleurs, le message essentiel passe. Voilà un beau voyage à accomplir, entre nuit effrayante et aurore salvatrice. Comme l’écrit Bernard Grasset, « L’aube sans fin murmure aux pas du voyageur ». Peintre et poète sont veilleurs. Ils n’en finissent jamais de dire l’éclair qui revient.

 

MICHEL HOST, Figuration de l’amante

Éditions de l’Atlantique

17 €

La poésie de Michel Host ne ressemble à nulle autre et c’est grâce à cela qu’opère sa naturelle séduction. « Le temps de vivre est entre nos murs » / Un enfant sort de la nuit pour jouer ». Ou encore : « Dis-moi s’il existe / Une vague plus haute /Où ton corps s’abîme / Gardant l’immobilité / D’une Aphrodite noyée ». Toutes les observations sont ici fines et pertinentes, malicieuses le plus souvent. Cet érotisme-là est comme d’un autre siècle. À moins qu’il ne soit intemporel ? Mon voisin d’immeubles a le regard aiguisé de ceux qui savent écrire la jouissance d’un frémissement de mots. Quand il adresse une prière à sa Bien-aimée, il allume des brasiers insolites et « parcourt les yeux clos » les voies du plaisir. Voilà bien « un oiseau qui traverse la montagne / Sans battre de l’aile » !

 

SALAH STÉTIÉ, D’une langue

Fata Morgana

17 €

Merveilleusement maîtrisée cette poésie sait « boire à la source l’eau de pierre » (p. 71). Elle n’ignore jamais la primordiale question des origines : « Qui donc est le plus naïf, - de notre cœur ou de nous ? » (p. 85). Salah Stétié est très grand quand il semble si simple et si bref. Il dit le saisissement des mots quand le feu les habite. Économe de lyrisme trop facile, il a toujours un peu de sang aux doigts quand il ouvre la main. J’aime cette écriture et ce chant toujours « concerné par l’invisible ».

 

MÉRÉDITH LE DEZ, Journal d’une guerre

Éditions Folle Avoine

15 €

Mérédith Le Dez qui vient de renoncer, à son cœur défendant, à un parcours d’éditrice qui s’annonçait passionnant et fécond, prouve ici son don poétique évident en nous offrant son « journal de guerre » assurément « criblé de balles ». Sa façon de dénoncer l’horreur toujours à renaître « sous le front lisse de l’innocent » est sa trace originale et passagère. Elle dit que la vie « est une convalescence / D’ombre et de clarté », avoue qu’elle a dans la bouche un désir d’algue, inlassable et violent, et referme son ouvrage par l’exclamation « le monde est une peur sauvage » qui ne fait pas semblant. La lecture de ce livre m’a fait songer à la conjonction des opposés qui mène le monde et à la phrase d’Héraclite : « Ce qui est taillé en sens contraire s’assemble ; de ce qui diffère naît la plus belle harmonie ; tout devient par discorde ».

 

Jean-Luc Maxence

 
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