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Nouvelle Lanterne - numéro 9 PDF Imprimer Envoyer


JAKOB VAN HODDIS, Fin du monde

(traduit de l'allemand par Jean-François Eynard et Gérard Pfister)

Editions Arfuyen


Superbes et cruels poèmes de Jakob Van Hoddis, l'expressionniste, textes publiés à l'époque où sévissait un Reich menaçant, juste avant l'éclatement apocalyptique de la seconde guerre mondiale. Ainsi que le résume la « quatrième » de l'ouvrage, Van Hoddis fut quatre fois coupable, en tant que poète, pacifiste, juif et schizophrène. Mais il ne tombera pourtant pas sur les champs de bataille, même si la maladie mentale le gardera prisonnier pendant près de trente ans. Diagnostiqué schizophrène en 1927, en réalité, il ne quittera plus jamais les institutions psychiatriques.

 

Ces poèmes, traduits avec goût, enthousiasme et sensibilité, s'avèrent de toute beauté. Dans la joie reconnaissante, j'ai pu d'ailleurs en lire certains sur les ondes de POÉSIE CAP 2020 , l'autre soir, en compagnie du camarade Jean-Claude Carton... On ne peut oublier en effet des aveux comme :

 

« Le jour était magnifique, comme son ami mort l'avait voulu ».

 

PAUL DE BRANCION, Qui s'oppose à l'Angkar est un cadavre

Editions Lanskine

 

En khmer, l'Angkar signifie « L'Organisation ». Et c'est le nom sous lequel le Parti Communiste des khmers rouges gouverna le Cambodge lorsqu'il prit le pouvoir en 1975, nous rappelle l'auteur. Et l'Angkar sévissait, tuant, torturant les gosses, empalant décapitant, affamant les hommes, ce qui n'empêcha pas les Khmers de conserver jusqu'en 1989 leur siège à l'ONU avec l'approbation tacite des Occidentaux...

 

Paul de Brancion ne veut rien oublier et il a raison. Il nous propose un texte poétique, suivi d'un livret d'opéra, dans cet objectif louable. Cela n'étonnera personne pour qui a bien voulu lire attentivement ses recueils les plus récents. Il y a de la militance permanente dans l'âme de ce poète. L'opiniâtreté du combattant à mort dénonçant la mort et l'injustice cruelle des humains. « Le Temple est déchiré / partout / l'eau s'infiltre / Seuls résistent les sourires énigmatiques / espoir suspendu »... » Qui critique est un ennemi / qui s'oppose est un cadavre »...Parfois, toute compassion pour le tortionnaire est impossible quand « les vivants sont devenus des gêneurs ».

 

Politique, la poésie de Paul de Brancion ? Pas seulement. Humaine, plutôt. Profondément. En dépit d'une sorte de distanciation volontaire scrupuleusement maintenue.

 

PIERRICK DE CHERMONT, la nuit se retourne

Librairie-galerie Racine

 

Prose poétique, exacte, rythmée, musicale, toujours belle. On y chante juste « l'inépuisable intérêt de Dieu ». Le poète suit la lumière des yeux, « lance un chant aux étoiles », et sait relancer dans une certaine joie secrète le fil interrompu de sa singularité. Un sens du Sacré qui impose le respect. Un verbe suspendu, parfois de façon énigmatique, « entre les sautes d'un jour ». « Avec la faim comme bâton », Pierrick de Chermont est un pèlerin qui « marche vers ce Dieu fidèle et jamais vu ».

 

GABRIEL ARNOU-LAUJEAC, Plus loin qu'ailleurs

Préface de Maram Al-Masri

Éditions du Cygne

 

Ces poèmes, majestueux parfois, parviennent souvent à créer « un espace de grâce et de retraite ». Ils veulent être « alliance au doigt de l'Éternel », « cri d'extase qui retentit », et s'avoue voués au culte de la lumière. Il y a dans l'univers de ce poète « des psaumes inédits, des cantiques interdits », une façon insolite et sacrée de « mourir à ce monde inversé ». C'est souvent d'une beauté quasi liturgique. Hélas, la préface de Maram Al-Masri sonne creux. Elle est d'une criante banalité et va jusqu'au bout des clichés attendus sur l'exil. Maram Al-Masri n'hésite même pas devant des expressions du genre « fusionner avec la beauté profonde de la création » (sic) , « être habitée par la grâce » ou être « remarquablement inspirante » ! Très dommage.

 

FRANCESCA Y. CAROUTCH, Cahiers étoilés d'une légende

Préface de Camille Aubaude

Éditions du Cygne

 

Camille Aubade a raison, F-Y Caroutch est l'auteur de fort beaux poèmes lumineux « nourris par l'étude des mythes et les voyages en Orient ». Avec son œuvre, on peut évoquer une « quête spirituelle » authentique, un réel talent, une « langue épurée ». Cela nous change des mondanités faciles et des mots pour ne rien dire !

 

« Les mains levées vers les cieux

l'Élu brûle de guérir et d'entretenir

- on ne sait –

la blessure secrète

du divin en lui

Son sommeil est une prière »

 

PHILIPPE BIGET, avez-vous vu passer l'Amour ?

Histoires peu ordinaires

Éditions Unicité

 

Finesse et velouté de l'écriture, simplicité des sentiments authentiques, humour des souvenirs d'amour parfois pesants d'animalerie, parfois inoubliables dans leur légèreté même, j'ai aimé sans réticence cette prose maîtrisée d'un poète adepte de l'ouverture du cœur, d'un critique littéraire avisé.

 

La sincérité profonde emporte l'adhésion. L'essentiel est dépouillé. Merci à Philippe Biget de savoir nous le rappeler.

 

Jean-Luc Maxence

 
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