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Nouvelle Lanterne - numéro 10 PDF Imprimer Envoyer


PHILIPPE BECK, Opéradiques

Editions Flammarion

 

Que l'auteur soit Président de la Commission « Poésie » du CNL ou non, je m'en fiche ! Mais J'aime étrangement ce chant et je l'aborde à voix haute en cherchant à élucider, au fur et à mesure, ces inventions de langage et ces énigmes linguistiques (et de sens) posées. L'auteur, dans sa dédicace, m'assure que son œuvre n'est pas esclave de la « déconstruction » sous prétexte qu'il est un philosophe agrégé et estampillé Derrida... En effet, une fois abandonnées mes habitudes de lecture, je me laisse charmer par cet opéra d'inventions de mariages de sons et de mots et d'allégories, et fasciné par cette formidable érudition « dans l'orgueil calmant de la panthère » (p. 85). Voilà bien une grande musique d'aube et de nuit, feu ou pluie, à réciter jusqu'à la migraine ! Je n'y comprends pas grande chose (ne le dites pas à Alexis Lacroix mais Mallarmé me fatigue parfois !), mais j'accepte la modernité attachante de cette ambiance de plein air insolite ou d'espace ouvert. Des « larmes théorisées » (p 268) en quelque sorte ? Parce que « les couleurs vibrent et se fondent / en fumant ; elle refusent en cheminant / aux portes fondues de chacun » (p. 152).

 

CHANTAL DUPUY-DUNIER, Mille grues de papier

Editions Flammarion

 

C'est compréhensible comme de la prose quand « tout devient tactile ». De l'anti-Beck, peut-être bien ? Mais j'adhère sans mal. « Il pleut des hommes », en effet. Et puis « rien ne se crée, / pas même la goutte d'eau » ! » (cf le poème de quatrième de couverture). Cependant, « Pour ne pas mourir, une fillette plie des grues de papier » (p. 37). Elle réussit son voyage intérieur ainsi. Il y a même des accents de nostalgies mystiques quand l'auteur(e), sans croire en Dieu, se souvient avoir prié... Thérèse Martin !

 

ANNIE SALAGER, deux ouvrages :

- la Mémoire et l'Archet

- Œuvres poétiques

La rumeur libre éditions

 

Une poète authentique, à l'inspiration variée, comme ses sources, une écriture soignée, agile, subtile, qui force l'admiration et la rêverie féconde. Des bonheurs d'écriture nombreux comme « C'est toujours marée haute aux remparts des églises » (p. 33). Cette somme mérite qu'on s'y égare. Au plaisir du poème !

 

BRIGITTE GYR, Incertitudes de la note juste

Editions Lanskine

 

Elle sait se servir des blancs choisis sur sa page mieux qu'un André du Bouchet, avec moins de prétention en tout cas ! Elle nous suggère : « peut-être la partie n'est-elle / pas totalement jouée » , elle espère encore « faire bouger la conscience », vaincre la peur de bouger, en d'autres termes. Au fond, elle oscille entre espérance et désespérance brutale et absolue. Pas un de ses mots n'est inutile pour avouer habiter la terre d'un « espoir de blanc » « dans le décompte glacé des jours ». Une voix juste. À écouter. À capter. Sans retard.

 

GWEN GARNIER-DUGUY, Le corps du monde

Éditions de Corlevour,

Avec une belle préface de Pascal Boulanger

 

Parce que « Sous l'écorce de la prose / nage le poème du monde » (p. 53), Gwen Garnier-Duguy devient progressivement un poète original, inspiré, et qui ne cherche plus son chemin mais semble l'avoir trouvé ! Sa sincérité s'impose et « se lève à l'or des profondeurs ». Il a « l'âme bleue de l'homme debout » quand Christos vient l'inspirer. Ne nous dites point qu'il est « émotiviste » ou « dauphinois »... Il est lui-même et n'a pas besoin de flatterie pour être. Dans le sens plein du verbe.

 

Jean-Luc Maxence

 
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