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Nouvelle Lanterne - numéro 11 PDF Imprimer Envoyer


MAURICE CURY, Paroles Testamentaires

15 € aux éditions D'ici et D'ailleurs

 

Comment demeurer insensible à ces poèmes d'une large respiration lyrique, qui, parfois, font songer au meilleur de Louis Aragon ? De toute façon, Maurice Cury a bien du talent pour remonter « le fleuve jusqu'à la place / Des commémorations où revivent / Les morts des monuments funéraires » (p.21). Il s'est promené au long des années, cherchant ce qu'il savait ne pas trouver, avoue-il, « suivant des chemins de fortune / Menant à des culs-de-sac prévisibles » (p. 8). Mais Maurice Cury, qui atteint le crépuscule de sa vie battante et généreuse, et qui a toujours choisi le camp des exploités et des pauvres de biens et de cœur, mérite ici remerciement et profond respect. Poète, romancier, essayiste, Cury a toujours su qu'on n'entre pas son âme dans un ordinateur, et il y a, au secret de lui, une nostalgie de transcendance persistante. Ainsi :

 

« J'ai vu dans les nuées des créatures bleues

 Qui quittaient leurs corps avec désinvolture

 Mais je n'ai jamais vu sortir de sa voiture

 Le Christ revenu pour un dernier adieu ».

 

GÉRARD BAYO, Un printemps difficile - Anthologie poétique

18€ aux éditions L'herbe qui tremble

25 rue Pradier 

75019 Paris

 

« Avec le soutien du CNL », ce copieux recueil démontre l'aisance poétique de Gérard Bayo, toujours intelligent dans sa manière d'appréhender l'écriture (« Partout dans le monde nous faisons / semblant d'oublier / nos poèmes plus vivants / que jamais », p. 13). Bayo dit le Mystère majuscule du monde. Il sait que la fontaine aussi a soif « et jamais ne se tait » (p. 171). Ses textes sont toujours composés pour être perçus par tous. Il ne fait jamais de l'hermétisme un sphinx sans secret ! Sa connaissance d'Arthur Rimbaud – il en est l'un des spécialistes – lui évite banalité et redondances. Sans doute faut-il rester attentif à son art plus que jamais. « On dirait que dans l'arbre jamais la branche n'a manqué », en effet.

 

JACQUES SOMMER, L'oubli, la trace

18 € chez Alexipharmaque 

BP 60359, 64141

Billère Cedex

 

Jacques Sommer interroge « Là / où habiter /était possible / à l'orient du désir » (p. 80). Il a le sens des symboles forts, de ce qu'il appelle « un lyrisme de forte écriture » aussi. Poète fidèle, il ose « l'enchantement parmi les ruines / s'il faut que la clarté ne soit qu'un clair-obscur / pareil à ces vitraux où veille / incorruptible la mémoire ». Signalons enfin la postface de La Prose d'Aubervilliers, beau volume de Jacques Sommer, capital, publié en 1996 chez Dumerchez, éditée ici pour notre joie, sous le titre À la gloire du perdu. Le poète explicite ici sa démarche intérieure, sa part de rêveur, la marche de son poème « calquée sur le rythme même de la marche physique du promeneur, sur chacun de ses pas ». Il a su dans ce texte cerner les tenants et les aboutissants de son propre exercice poétique : « désigner la fleur anonyme qui pousse dans le désordre des ferrailles et des scories ».

 

JEAN MÉTELLUS, Empreintes

18 € aux éditions de Janus,

88 rue du Mont Cenis

75018, Paris

 

Comme l'écrit Claude Mouchard dans sa préface, Jean Métellus, qui vient de quitter ce monde de souffrance, nous donnait en toute générosité une parole simple et généreuse, lyrique et « flamboyante de violence ». La tonalité populaire de son art dépassait largement Haïti et s'ouvrait à l'Europe. Entre oralité et litanies, Métellus chantera longtemps encore la liberté souhaitée tel un lieu sacré.

 

MATHIAS LAIR, La chambre morte

10 € chez Lanskine

39 rue Félix Thomas

44 000, Nantes

 

Hymne à la mère quand le fils n'a nulle envie d'aborder la carte du tendre mais sait qu'il est « malsain de rester confit dans la haine ». Et ce texte est beau, d'une écriture sûre, violent parfois, d'une sensualité insolite, dans le mystère absolu de la chambre du cœur. Mathias Lair ne cesse ici de vouloir entreprendre une « reconstitution » impossible du passé. Il juge sa mère comme ayant été « à la fois folle et méchante ». Sa prose est superbe, celle d'un écrivain authentique. J'ai songé aux livres si émouvants de Roger Peyrefitte, de Simone de Beauvoir, sur leur mère respective.

 

DOMINIQUE FABRE, Je t'emmènerai danser chez Lavorel

12 € chez Fayard Poèmes

 

Le voilà le poète de la mélancolie des banlieues ! Un régal de lecture. Une émotion vraie. Je ne résiste pas à la tentation de citer un poème tout entier. Il n'y manque que la musique : de l'accordéon peut-être ?

 

« Tu me prendras la main

chez Lavorel

j'espère que je serai digne de toi

si j'avais dix ans de moins 42 ans

plutôt que 52 bientôt 53

je te proposerais d'avancer encore

d'essayer encore

mais dix ans de trop ont passé

as-tu vu le portail grand ouvert et toutes

les fenêtres cassées

où c'était marqué à vendre

depuis tellement longtemps déjà ? »

 

C'est comme du Prévert d'antan, c'est comme du René Fallet, aussi, quelque fois. On lit sans avoir besoin de dictionnaire de rimes ou de post-surréalisme artificiel. C'est la narration des amoureux éternels, sur les autoroutes de la tendresse, dans le dancing de l'enfance perdue. Je vous recommande vivement cette lecture-là.

 

Jean-Luc Maxence

 
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