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Nouvelle Lanterne - numéro 12 PDF Imprimer Envoyer


MARC ROMBAUT, Chelsea Romance

20 € aux éditions Pierre-Guillaume de Roux

41 rue de Richelieu 75001 Paris

À nos yeux, Marc Rombaut est une grande figure de la poésie francophone contemporaine. L'homme est modeste, trop, et ce dernier roman est pourtant une belle réussite au plan de la sensibilité comme de l'écriture. Marc Rombaut sait, en effet, « se réapproprier la générosité de la vie » (p. 56). Il fait revivre Sonia et Laura, faisant de la seconde une fable et de la première une icône « d'amour vrai ». Nous aimons ces « baisers échangés sous la pluie », cette pluie sur Londres, cet envoûtement subtil du temps des passions, « comme une douce musique perdue puis retrouvée » (p. 204). Rombaut déplore une société superficielle jusqu'à l'âme, il se laisse captiver par Londres qui parle en lui. Il reste éveillé tel un poète capable de vivre « l'inversion des nuits ». Ce roman est une romance poétique habitée d'une mélancolie subtile, reflet d'une « intranquillité » impalpable. Exceptionnel.

 

PROFESSEUR DING, Éléments de trOglolOgie et de quelques autres sciences spectrales à l'usage des fantômes en sursis

20 € éditions du CéphalOphOre trop troué

Ce « livre des trous » fait sourire et dépayse pour son art de « tourner autour du trou », « avec de la mort autour », et en appelle trou à trou à Raymond Queneau, Achille Talon et mon bisaïeul le dessinateur Christophe ! L'ombre d'Alfred Jarry n'est pas loin, celles des surréalistes non plus. Tout cela garde son pouvoir perforant mais prouve aussi qu'il peut exister « un non trou » qui peut cacher un trou ». Il y a des « trous incognitos » et des éditeurs joyeux que l'on retrouve avec joie à chaque Salon du Livre, indépendant ou non.

 

CLAUDE-HENRI ROCQUET, Méditations de Noël, In illo tempore

14 € aux éditions Le Centurion, 2014

« Comme un éclaireur ouvre la marche d'une armée », le poète Claude-Henri Rocquet a su évoquer la naissance de Noël sans tomber du côté de la mièvrerie pieuse ! Pas une seule note juste, pas un iota ne manque à cet orchestre du ciel, qui vous avoue la prière d'un vieux berger posant en tremblant la main dans votre main. « Il fait noir. Il est minuit. Quelqu'un frappe à ma fenêtre » écrit C-L Rocquet, en chantant le bonheur d'enfance...

 

DANIELLE BERTHIER et JEAN-MARIE BERTHIER, Les enfants de la douceur immobile

14 € aux éditions Le Bruit des autres, 2014

Dans une préface exemplaire, le poète Jean Joubert salue cet ouvrage de poèmes émouvants constituant un regard croisé du cœur blessé à mort, si l'on ose écrire. Les poèmes du père et de la mère, inspirés par la mort de deux enfants à la suite de deux accidents fatals de la circulation disent ici la mémoire de la douleur et de la douceur immobiles. Ils sont déclaration d'amour et double message d'espérance par delà l'inacceptable. Quand Jean-Marie évoque la « dure douceur de durer », Danielle évoque la trace des regards, indélébile. Jean-Marie creuse « un tunnel d'étoiles », Danielle avoue : « Il y a un langage, au Pays des Mères, / C'est une caresse sur la langue, le palais. ». Et Jean-Marie conclut sur une certitude arrachée de la douleur : « Souffrir est un village / où se pendent les lueurs / aux patères de la douleur ».

 

SALAH AL HAMDANI, Bagdad, mon amour, suivi de Bagdad à ciel ouvert

13 € aux éditions Le Temps des Cerises, 2014

Que l'auteur (qui écrit en Français et en arabe) vive à Paris en exil depuis 1975 en raison de son opposition à la dictature de Saddam Hussein, explique la cause de ses révoltes, certes, mais n'élucide pas pour autant la source de son grand talent de poète populaire écrivant « avec le langage des veines et du corps ». L'art d'apaiser une existence « submergée d'appels de torturés » (p. 58) n'empêche pas Salah Al Hamdani de savoir qu' « aucune blessure ne mérite une guerre » (p. 98). Voilà une sagesse défiant des torrents de sang qui détient sans doute le secret de cette écriture efficace, belle, qui fait écrire au poète que « le cri que l'on perçoit d'un homme / est toujours plus beau que son silence ». Cela nous touche parfois tout autant qu'Aimé Césaire.

 

ISABELLE LAGNY, Le sillon des jours

10 € aux éditions Le Temps des Cerises, 2014

« Et si je revenais / te dire / que l'éternité n'est pas futile ? » . Dans cette interrogation transparait l'originalité d'Isabelle Lagny qui, pudiquement, de façon directe, avoue que « les enfants nés de la pluie /n'ont plus le droit de prendre leur goûter ». Loin des grandiloquences faciles, Isabelle Lagny nous propose un souhait d'intérêt public : « Que personne ne se juge /mais que chacun / cherche loyalement / le sens de ses actes / afin de sauver / ce qui lui reste d'humain » (p. 48). Il s'agit là d'une sorte d'humanisme féminin « qui efface l'angoisse » et met en avant une tendresse sincère « dans une trouée de soleil ».

 

GUY ALLIX, images de Martine Delerme, Le petit peintre et la vague

11 € aux éditions Beluga Coop Breizh, 2014

http://www.beluga-jeunesse.com

Le texte de Guy Allix est digne de son œuvre poétique, tout en nuances, apprivoisant « la vague et le vent et la vie ! ». Le Petit Peintre n'est jamais enfantin, faussement innocent, mais « Il n'a peur que de l'absence d'amour dans le monde » (sic). En résumé, Tout est dit. Toute l'espérance du poète fraternel. Et les dessins s'harmonisent modestement avec la prose, cherchant toujours à « piéger la lumière ». Une œuvre d'art, en somme.

 

JEAN-CLAUDE TARDIF, La Vie blanchit

15 € aux éditions La Dragonne, 2014, Diffusion Les Belles Lettres

avec le soutien du CNL

Avec J-C Tardif, la poésie est directe, simple, imagée et « Nous nous mettons simplement d'accord / sur un poème vrai ». « Un poêle à bois est au centre de la vie », « nos yeux parlent pour nous, bavards », « La table est mise /mais personne ne s'assied ».

À force de dépouillement et de sobaiété, l'écriture est efficace et limpide. Tardif sait créer une ambiance (à la Brassens ?), il nous offre « l'odeur du thym / et des menthes poivrées qui chantent sous le vent ». C'est un céramiste des mots, un sculpteur sur bois, une ritournelle campagnarde.

 

CLAUDE PÉLIEU, NEW POEMS&SKETCHES / 1977

Aux éditions Le Livre à venir, BOOKS FACTORY, 2014

On savait que Claude Pélieu était un authentique poète, excentrique, inspiré, portant en lui le rayon-laser d'une farouche indépendance. Ces « fonds de tiroir » le prouvent avec brio. Pélieu, qui est en effet l'un des seuls écrivains français a avoir eu d'étroites relations avec la Beat Genération, est notre Ginsberg onaniste et désespéré ! C'est surtout un poète majeur, romantique, suicidaire, à vous couper la parole ! À des années-lumière des « barbares merdeux » et des mondains sous couverture de Monoprix prétentieux !

 

GUY BENOIT, Ma mort, reconnaîtra (sans qu'on sache le versant)

16 € Aux éditions Les Hauts-Fonds, 2014

« Il ne démord plus /du crâne de mort », l'ami Guy Benoit ! J'aime la précision de son écriture resserrée comme un poing de rage, sa farouche autonomie d'idéologie, l'insaisissable de son ciel personnel. Aux rives de la mort, le fauve tourne et retourne dans sa cage fraternelle. Ô le pincement au cœur des sales gosses de Mai 68, hors saison bien sûr ! Faute de savoir ce qui nous attend derrière la vie, invoquons ensemble ce « droit d'asile »...

 

JAVED AKHTAR, D'autres mondes

Traduction de Vidya Vencatesan

20 € chez Les éditions de Janus, 2014

Ce recueil en français, hindi et ourdou, préfacé par Marcel Bénabou, est un régal, d'une rare richesse poétique. Il s'agit de « poésie engagée » ainsi que l'entend un éditeur comme Bruno Doucey, par exemple. Voilà pourtant une poésie d'idée, fondée sur une quête consciente de justice pour tous, allusive et jamais conventionnelle, une ode permanente aux voyageurs du désir qui me touche parce qu'elle ne m'ennuie jamais comme me font bâiller tant et tant de textes besogneux à l'image de tracts idéologiques sans couleur ni saveur !

 

BERNARD GRASSET, Les hommes tissent le chemin, Voyage 2, 2000-2008, peintures de Jean Kerinvel,

12 € aux éditions SOC & FOC, 2014

Impeccable, cette poésie-là ! Peut-être trop sage ? Mais c'est parfois très beau comme : « Le grand phare, le sable, / l'écho des années / Prolonge l'aventure. ». Ou même ce cri : « Une icône contre les livres. » Mais il n'y a pas de point d'exclamation, hélas.

Bernard Grasset impose son regard mystique en quête « des mots les plus purs. ». « Lente marche de midi, / l'ermitage, les cyprès, / Si fort souffle le vent sur les serres »... À quand le temps de la colère, sainte bien entendu ? Il y a aussi des orages sur les montagnes...

 

JEAN ZÉBOULON, À une passante et à tout ce qui ne passe pas

18€ aux éditions La Table Ronde, 2014

Ce recueil disparate d'aphorismes et de notes diverses abrite plus de poésie qu'un bon nombre de recueils de poèmes « classiques » ! Après tout, « on peut rire de tout mais pas tous en même temps ». Et, dans la même veine, relevons : « La vérité sort de la bouche des enfants et court se réfugier dans l'oreille d'un sourd » !

Oui, j'ai pris de la joie à lire Jean Zéboulon. L'humour est au rendez-vous. De toute façon, « contre le mauvais sort, il y a les bons mots »... et l'on en redemande.

 

LIBOR SIR, Barbara - Photographies inédites,

Photographe : Libor Sir, Coordination artistique : François Laffeychine et Pierre Landete

35 € aux éditions Le Castor Astral, 2014

Portraits de Barbara réalisés par Libor Sir en 1967. On y voit la chanteuse en concert, mais aussi saisis au naturel, au bord de la mer, devant l'Écluse, à Paris, ou Place des Vosges...La magie et la nostalgie opèrent. Étonnante Barbara, espiègle, sensuelle, émerveillée et éternelle, maquillée dans l'âme.

 

PHILIPPE JAFFEUX, Alphabet De A à M

Aux éditions Passage d'encres/Trace(s), 2014

Des pépites de poésie dispersées sous la fausse apparence superficielle d'un bric-à-brac de faux hasards. « Pour honorer l'art d'un ordinateur sublimé », un tohu-bohu de lettres pour tuer le Réel pas toujours doré ! La sève d'un alphabet en péril ?

 

SIMONE CUKIER, Éclatements

Illustrations de Michèle Frank

15 € auto-édition de « luxe »

Poésie de sous-préfecture, à vrai dire sans grand intérêt ! Ne mérite pas un sou mais surtout pas un Prix sous l'acacia des dérisions orgueilleuses. Comment un Conseil de je ne sais où, suprêmement dérisoire, peut-il attribuer un hochet à une pareille banalité ? Navrant.

 

GASPARD HONS, Roses imbrûlées

Aux éditions Estuaires, 2013

Une excellent occasion de saluer le talent de ce jardinier des mots qu'est le poète Gaspard Hons qui inscrit ce recueil « dans la recherche de la rose du temps, non du temps horloge, mais de celui de l'intensité ». L'inspiration heureuse est présente dans chaque image. Tout est recherche de « la rose improbable », tout se joue « au centre d'un temple inhabité ». « Ce ne sont ni des roses / ni des questions », plutôt une philosophie de la vie laissant venir la lumière de toutes parts. Saluons l'artiste !

 

Jean-Luc Maxence

 
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