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Nouvelle Lanterne - numéro 4 PDF Imprimer Envoyer


Elodia Turki : Mains d'Ombre

Collection Les Hommes sans épaules, LIBRAIRIE-GALERIE RACINE, 23 rue Racine 75006, Paris, 15 €

Subtile, féline parfois, exigeante et concise, cette poésie impose une noblesse assez rare. Ce partage des mots est peuplé d'émotions fortes et féminines, on y sent « le cristal d'une présence », mieux qu'une lumière floue « dans laquelle se perdre », comme « l'hésitation d'un rêve ». Si l'on compte le nombre de mots utilisés, cela peut paraître court. Mais, à relire dans le silence, on aime ces « gestes en paroles », ces « rêves en éveil », cette voix de brûlures fascinantes comme « des soleils dans tes yeux » (sic). Oui, voilà bien une magie, des secrets dérobés, des arabesques de velours, du sang de poète authentique qui coule...

 

Dominique Sorrente : C'est bien ici LA TERRE

Préface de JEAN-MARIE PELT, ÉDITIONS M L D, 16 rue Beaumarchais, BP 20515 22005 Saint-Brieuc cedex 1, 18 €

Le talent saute aux yeux dès le premier poème lu. Et, curieusement, ce livre fait écho au dernier recueil d'Évelyne Morin paru au Nouvel Athanor (N'arrêtez pas la terre ici, 2007). Il y a de l'animisme dans ces saisons du bout du monde. Cet hymne à la terre, au premier songe des étoiles, au chant majeur au milieu des arbres, nous met la terre à la bouche « sur l'accoudoir blême où s'appuient les morts ». Quand Dominique Sorrente « parlemente avec la feuille / qui sait qu'elle n'attrapera jamais le ciel », il s'adresse « aux enfants de demain » et recommande de ne jamais oublier de respirer les nuages. Dès lors, Pelt, sans forcer le compliment, peut évoquer « un ré-enchantement poétique de notre regard sur le monde ». Hölderlin, bien sûr, et sa formule « Habiter la terre en poète »...

 

Anise Koltz : Soleils chauves

ARFUYEN, 35 rue Le Marois, 75016, Paris, 10 €

Anise Koltz a collectionné les prix de poésie les plus prestigieux. Et – pour une fois – elle semble le mériter ! Cette femme n'hésite pas devant un aveu du type : « Un nouveau monde / commence chaque jour ». Oui, nous aimons sans timidité cette façon de chercher sans fin et sans fatigue « la direction du soleil ». Avec Koltz, le poème est tiré à quatre épingles, nul adjectif inutile ne fait obstacle, tout est facilité pour lire le secret des carrefours. Il s'agit bien de donner « à chaque chose / son ombre / à chaque parole / son écho ». Un René Char au féminin ?

 

Patrice Delbourg : Longtemps j'ai cru mon père immortel

LE CASTOR ASTRAL, 52 rue des Grives, 93500, Pantin, 15 €

On retrouve sans surprise le style haché et inventif de Patrice Delbourg, sa façon insolite de couper les phrases en quatre pour mieux nous faire exploser en pleine gueule ses bolides d'images « dans la gestion de ses affaires personnelles » (sic). Et pourtant, pour la première fois depuis Toboggans (L'Athanor, 1976), Delbourg se livre davantage sur ses propres émotions intimes à l'agonie de son père « qu'il n'est pas prêt d'oublier ». « Je suis en première ligne / désormais » avoue-t-il, ajoutant même, triste et désabusé « plus facile de trouver le tiercé / qu'un moyen de consolation »...

Ce nouveau recueil est à mes yeux l'un des meilleurs du poète, si ça n'est le plus fort. Il atteint parfois au sublime quand il dépasse « les montées acides du ressentiment » et qu'il défie et rejoue la camarde en chambre « aux accords de la deuxième sonate de Chopin ». C'est vrai, « la mort ne téléphone pas / le veilleur de nuit si ». Et quand l'auteur entreprend en fils triste son travail de deuil, il laisse en congé toute religiosité, en effet. Mais cela ne l'empêche pas de noter, presque sartrien dans son constat, qu' « on enferme et pour toujours les secrets de famille dans des boîtes de couleur / et quand l'enfant boudeur interroge un vieux cliché sépia / daté d'une fin de guerre un peu floue / il obtient un peu d'ombre navrée / pour seule réponse ». L'originalité foncière de Delbourg dans le paysage de notre poésie d'aujourd'hui réside précisément dans cet humour vitriolé qui essaye mais ne parvient pas vraiment à dissimuler derrière la provocation de « la gaudriole à contre-pied » ses infinis pays de tendresse. « En première ligne, désormais » l'ami Patrice ? Tant mieux. Maurice Biraud ou même Francis Blanche, après tout, devait parfois pleurer en catimini et se demander si Dieu se foutait du monde !

 

Jean-Luc Maxence

 
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