- « Les filles d’aujourd’hui (bnat al youm) ne sont pas comme celles d’autrefois qui pouvaient supporter très jeunes le mari et sa famille. Voir à ce propos, Kamal Mellakh, « Le discours sur le port de voile et la polygamie », Prologues, n° 25, 2002 ; Chekroun Mohamed, Famille, État et transformations socio-culturelles au Maroc, 1996, Éd. L’application du Code de la famille par le juge français et le rôle de la convention maroco-française, le mariage par procuration au Maroc et sa reconnaissance en Belgique, le divorce par consentement mutuel, les difficultés liées à l’application du Code de la famille aux Marocains résidant, entre autres, en Espagne, en Italie et en Allemagne… autant de sujets et de problématiques qui seront soulevés lors de cette conférence. L’analyse de contenu des propos des interviewés sur les nouvelles dispositions du mariage est à cet égard éclairante. 32Nous avons déjà mentionné la très faible proportion de la population enquêtée par questionnaire qui pouvait mentionner et définir exactement ce qu’est la répartition des biens acquis pendant le mariage. Ce forum sera marqué par la tenue d’une conférence placée sous le thème «Le Code de la famille à la lumière du droit comparé et des conventions internationales». Maroc – Dix réalisations phares : une Moudawana plus égalitaire (1/10) Réservé aux abonnés | 25 juillet 2019 à 14h37 | Par Fahd Iraqi Mis à jour le 25 juillet 2019 à 16h36 Ces propos, qui certes ne sont pas représentatifs des discours et représentations de l’ensemble de la population (y compris la population masculine), sont néanmoins significatifs parce qu’ils font état de résistances culturelles. Ministère de la Justice . Les réponses à cette question étaient extrêmement imprécises faisant ressortir l’ampleur de l’ignorance des enquêtés. Vous allez voir les conséquences négatives de tous ces changements sur la société ». Bien entendu, il n’est pas question de traiter un aussi riche sujet de portée juridique et sociale -et parfois économique- sans se référer aux jurisprudences de la Cour de cassation marocaine en la matière, qui ont toute leur place dans les débats. Décembre 2004 . Cette analyse est principalement fondée sur la délimitation des variables socioculturelles qui ont un impact sur les conceptions développées par des individus à l’égard des nouvelles dispositions du Code. Il est désormais soumis à l’autorisation du juge. Le nouveau Code, selon cette logique, consacrerait le pouvoir des femmes puisque désormais celles-ci peuvent empêcher leur mari de prendre une deuxième épouse. Homme/Assila. Les réponses du type « j’ai entendu parlé du Code mais je ne sais pas ce que c’est », « je n’ai rien à dire sur le nouveau Code parce que je n’y connais rien » sont revenus d’une manière récurrente pendant les entretiens collectifs. L’objectif de cet événement est de permettre à ces juristes et chercheurs de formuler des recommandations à même d’apporter des solutions aux problématiques auxquelles font face les Marocains résidant à l’étranger. Cependant, il convient de souligner la confusion et les amalgames que suscite cette question (voir infra). Dossier Maroc : 1999-2019, ces vingt premières années de règne de Mohammed VI qui ont tout changé. En outre, l'épouse, comme dans la. Avant, les choses étaient claires. Mais nous les avons traitées, pour construire nos tableaux, comme des questions fermées, puis répartis les items selon des pourcentages. L’essence même en 2004 de la Moudawana était de suivre le développement du pays (émancipation de la femme, respect des droits de l’Homme, protection de l’enfant) de telle sorte à assurer une cohérence avec la «Vision globale Maroc… 20 % se contentent de donner des réponses générales sur le « changement des droits de la femme » sans fournir d’autres précisions (tableau 3). Ce sont ces valeurs sociales et culturelles liées au patriarcat et à la structure de l’autorité au sein de la famille marocaine qui sont réactivées par la « population ordinaire » pour appréhender le principe de la tutelle matrimoniale et désapprouver sa suppression. Le nouveau Code va, selon cette logique, à l’encontre de préceptes divins et risque de se trouver dépourvu du crédit religieux jugé nécessaire à sa réussite. Tout d’abord, force est de constater qu’une partie importante de la population (88 %) a déjà entendu parler du nouveau texte. Ils ont leur bénédiction à donner pour le mariage des enfants ». Le Maroc a connu en 2004 une évolution importante de son droit au travers de la réforme du Code de statut personnel, ce qui a touché le code de la famille.Cette évolution tout à fait louable a visé à moderniser la société musulmane, notamment sur deux points qui vont nous intéresser ici : la prééminence de l’homme sur la femme et surtout la polygamie. Les femmes sont les moins bien informées des nouvelles dispositions quel que soit leur milieu. 27La Wilaya est présentée non seulement comme synonyme d’obéissance due aux parents mais aussi comme caution de valorisation de la mariée face au futur époux et comme gage de réussite de l’union : « comment voulez-vous qu’un homme respecte sa femme si elle se marie sans l’accord de ses parents ? Le problème c’est que certains femmes vont abuser de ce droit pour traîner leur mari en justice et demander le divorce pour n’importe quelle raison, même dans les cas de simples mésententes, juste pour le contrarier et faire pression sur lui. 10  La polygamie au Maroc ne concerne qu’un ménage sur 100. Ministère de la Justice . Il possède plusieurs sections locales et est actif dans le domaine de l’éducation aux droits de l’Homme et à la citoyenneté. Celles-ci s’expriment à travers une vision catastrophiste du monde social : la réforme du Code en matière de divorce est présentée comme destructeur de la société et de l’ordre établi, car annonçant la fin du mariage ! La population n’a qu’une connaissance extrêmement parcellaire et encombrée de préjugés moraux et religieux des nouvelles dispositions du Code sur la polygamie. 44Le discours des femmes a une tonalité plus positive que celui des hommes en matière de divorce. - « J’entends les femmes en parler. Le forum est marqué par la tenue d’un grand débat sur le Code de la famille (Moudawana). On ne saurait demander à la population marocaine de connaître les tenants et les aboutissants du texte de loi avec tous ses articles et dispositions. En plus, la fille qui se marie sans cet accord rencontrera beaucoup de problèmes dans sa vie et n’aura pas de valeur au yeux de son mari ». ». De son côté, le Souverain s’est toujours érigé en facilitateur. Je connais des cas de femmes qui ne veulent plus vivre avec leur mari mais sont obligées de supporter les problèmes chaque jour parce que si elles divorcent elle n’ont rien ». Elles ne vont plus écouter leurs maris ». Nombreuses sont aujourd’hui les femmes qui pensent pouvoir obtenir facilement le divorce : - « Lorsque la femme demande maintenant le divorce, le mari doit l’accorder immédiatement sinon la police interviendra. 20On rappellera ici les principales modifications introduites par la réforme de la Moudawwana dans le domaine du mariage. Le rôle longtemps dévolu au père/tuteur pour la contraction du mariage de sa fille s’inscrit dans le cadre de la division traditionnelle du travail au sein de la famille patriarcale. Homme/Marrakech. 12Interrogés sur les changements introduits par le nouveau Code, environ les deux tiers (57 %) des enquêtés ne savent pas sur quels points le Code de la famille a changé. cit. En fait, plus de la moitié n’ont aucune idée des changements apportés par le nouveau Code de la famille concernant le mariage (tableau 5). Ouarzazate Le tourisme dans la région Drâa Tafilalet est face à un nouveau départ. Souss Sahara Atlantique Groupement des CRTs et CNT : 2 têtes pour un seul corps ?. 1  Les régions concernées par l’enquête sont Marrakech-Tennsift-Al Haouz, Oriental-Oujda, Fes-Boulmanne, Tanger-Tetouan. Il s’agit notamment de la garde des enfants et de la gestion des biens acquis par les conjoints. 5  Les participantes ont été choisies en fonction de la diversité de leur profil et de leur appartenance sociale et géographique. Certaines pour dénoncer des injustices, d’autres pour promouvoir un leadership féminin. 10À ce propos, les données de l’enquête réalisée avant l’adoption du nouveau Code de la famille par l’Association démocratique des femmes du Maroc6 font ressortir un déficit de connaissances dans la population marocaine : moins d’un tiers des individus enquêtés à l’époque avaient déjà entendu parler de la Moudawwana. Mais force est de constater, au regard des données de notre enquête, que ces nouvelles lois posent un problème d’applicabilité en raison d’un manque d’ancrage social et institutionnel dans un environnement où se manifestent plusieurs signes de résistance à la culture égalitaire. 28Quelle que soit l’attitude sociale adoptée, la tutelle matrimoniale n’est que rarement condamnée au nom de la libération de la femme, des contraintes familiales et de l’autorité parentale. 18Les données recueillies par focus groups auprès des femmes confirment largement cette tendance. 50Par ailleurs, à l’instar des femmes, les connaissances dont disposent les hommes sont générales et imprécises. 3  Le Centre des droits des individus est une association basée à Fes. On note également que la possibilité pour la femme de mentionner dans l’acte de mariage que le mari ne peut pas prendre une deuxième épouse n’a été citée par aucune des personnes enquêtées. Cette méconnaissance est plus accentuée chez les ruraux que chez les citadins (respectivement 54 % et 50 %). Si la tendance générale des enquêtés est d’affirmer : «je ne connaispas les nouveautés du nouveau Code », ceci ne signifie pas pour autant qu’ils n’en pensent rien. Okad, Rabat. Homme/Marrakech. Toutefois, les entretiens collectifs menés auprès des hommes, à la différence de ceux effectués auprès des femmes, font ressortir des amalgames et des perceptions très fortes traduisant l’inquiétude et le désarroi. 2L’enquête s’est déroulée à la fois en milieu urbain et rural entre les mois d’avril et mai 2005. 62De manière générale, on peut dire que les innovations de l’actuel Code de la famille, à défaut d’être bien diffusées et assimilées, font l’objet de représentations s’inscrivant en grande partie dans une logique de résistance sociale et culturelle débouchant sur de fausses interprétations. © Copyright 2020, LESECO.MA édités par Horizon Press Group  |, Coronavirus : Le Maroc suspend ses vols vers le Royaume-Uni. Mais derrière ces mots à connotation religieuse se profilent des attitudes sociales opposées aux limitations apportées à la polygamie. Femme/Essaouira. Par le passé, les procédures étant nettement en défaveur des femmes, obtenir pour elles le divorce était un réel parcours du combattant tant les démarches judiciaires étaient complexes. Femme/Safro. Alya Alami 08/02/2019 - 08:09. Homme/Nador. Cette notion de partage égalitaire et négocié des biens acquis pendant le mariage est mal comprise. Par ailleurs, le déficit des moyens humains et matériels alloués aux « tribunaux de famille » crées pour assurer l’application des nouvelles lois vient rendre plus difficile l’application du nouveau Code. Mellakh Kamal, 2002, « Le discours sur le port de voile et la polygamie », Les usages multiples de la religion, Prologues, n° 25. Smer, Rabat. Sur l’ensemble de la population interrogée, 8 % seulement citent le changement de dispositif du mariage, 8 % aussi évoquent les amendements introduits dans les affaires de divorce, 3 % font référence aux modifications des procédures concernant la polygamie, 2 % citent les changements se rapportant à la garde des enfants et seulement 1 % évoquent respectivement les nouveaux dispositifs régissant la pension et la filiation. Homme/Oujda. Par ailleurs, les questions posées étaient, au préalable, ouvertes. Al Aoula TV 351,603 views. Tous les ans, un millier de mariages polygames sont célébrés. Ce principe est présenté comme étant une valeur sociale et culturelle centrale structurant les rapports entre les enfants (et notamment les filles) et leurs parents à tous les âges et dans toutes les circonstances (mariage compris). Selon le département en charge des MRE, la conférence traitera «des effets des jugements rendus et contrats conclus à l’étranger, en matière de droit de la famille, à la lumière des conventions internationales et de la protection de l’enfant à la lumière des conventions internationales». Le langage du refus est aussi l’expression d’une perception erronée du Code. Celle ci est souvent objet de méfiance et de préjugés, d’où la réticence de certaines femmes face au divorce, même en cas de maltraitance ou de violence conjugale. Tableau 3 : Les changements introduits par le nouveau Code de la famille cités par les enquêtés selon le sexe et le milieu (en %). Le nouveau Code établit aussi le principe de la co-responsabilité et l’égalité des droits et des devoirs entre les deux époux, alors que, dans la Moudawwna, le mari était le chef de famille. Selon cette logique, il est inconcevable qu’une fille se marie sans l’accord de ses parents (et notamment le père) ou sans sa présence parce que, l’absence d’accord des parents mènera inévitablement à la faillite et au chaos du couple et de la famille. La conviction que les nouvelles réalités poussent à adopter des attitudes plus conformes aux vicissitudes du temps pousse les individus à être plus favorables au changement de la loi dans un sens qui protège mieux les intérêts de la jeune fille. Maroc Les MRE débattent de la Moudawana. Là encore, les nouvelles dispositions du texte de loi sont mal connues (tableau 6) : 58 % des personnes interrogées ne savent rien des innovations introduites en matière de divorce par le nouveau texte. Homme/Essaouira. Le projet Leadership Féminin est lui-même commandité par l’ONG internationale World Learning et financé, en partie, par le Middle East Partnership Initiative (MEPI). Seuls 15 % mentionnent que la femme n’a plus besoin de tuteur pour se marier. Il n’existe pas d’écarts considérables entre femmes et hommes, particulièrement en milieu rural. 34La vulnérabilité de la femme en cas de divorce justifie largement, selon les propos des femmes participantes aux focus groups, la mise en place du principe du partage négocié et réglementé par la loi : - « Le partage des biens acquis pendant le mariage est une bonne chose pour la femme parce qu’avant, en cas de divorce, elle perdait tout et ne pouvait rien réclamer même si elle avait déjà contribué à l’acquisition de ces biens ». 43Quelles sont les dispositions juridiques les plus connues par la population en matière de divorce ? Aujourd’hui, une jeune fille qui a 15 ans n’est pas apte à se marier. À cet égard, la question des réticences de la résistance des instances judiciaires à faire appliquer le nouveau Code demeure cruciale. Les résistances culturelles face au principe de la responsabilité conjointe entre les époux s’incarnent dans le refus de voir ébranlée l’autorité de l’homme en tant que chef de famille.